Je passe une grande partie du week-end dernier à
me plonger le plus subtilement possible dans le mode de vie "typique" d'Amsterdam.
Ca commence, bien sur, par un vélo, loué à la gare, pour me rendre à un dîner dans une rue d'Amsterdam Sud, très près du Museumplein.
C'est un "triple date" - les trois hommes du soir ont étudié ensemble a
Groningen.
On discute le bon vieux temps, les fraternités étudiantes et les dernières nouvelles, dans un mélange joyeux de
néerlandais et d’anglais.
Je discute avec une des femmes présentes, une jeune photographe qui
m’apprend qu’elle travaille notamment pour l’Unicef et vient de finir une série de photos pour l’exemplaire de Elle a paraître en
Juillet.
Cette première mise en bouche amstellodamoise fut, disons, assez légère pour ne pas brusquer mes atavismes franchouillards patentés.
Avec l’aube, commencèrent les choses sérieuses. Tout d’abord, bien sur, le petit déjeuner avec le Hagelslag, les petits
copeaux de chocolat, que petits et grands mangent invariablement au petit déjeuner et au déjeuner et sur lesquels, obsession culinaire oblige, je reviendrai très prochainement.
Apres ce petit-déjeuner tout en fromage et en tartines, petite balade dans le quartier. Nous arrivons au café Wildschut –
le décor Art nouveau, ainsi que les petites alcôves créées autour des tables, pour la protection de l’intimité des clients, avec leurs dossiers tapissés, me rappelle un peu l’Archiduc a Bruxelles
. Comme dans tout café néerlandais qui se respecte, et ou le prorata du prix des consommations au temps passé est exactement opposé a celui pratiqué a Paris, nous y trouvons la table rituelle, ou
s’entassent les journaux, posés sur un plateau supérieur a la table elle-même – celle-ci étant éclairée par des lampes placées en dessous du plateau. Nous y farfouillons et trouvons quelques
magazines de circonstance, ou je lis, partagée entre amusement et consternation, moult articles sur le « président bling bling » – et l’opprobre jetée par maints journalistes et
l’énigmatique « opinion publique » sur le déficit impardonnable de la France.
Passé ce moment de lecture, nous nous acheminons vers la maison des sœurs de mon homme, qui nous ont invités à déjeuner.
Sur le chemin, mon amoureux me dit : « je te parie que nous aurons du fromage jeune (de Gouda), des tartines, du lait et des hagelslag ». Et nous revoilà partis pour ce que tout
Français perdu dans les contrées bataves appelle « le second petit-déjeuner des Hollandais ». Une fois de plus, oui, je songe avec mélancolie à la poule au pot familiale du
dimanche.
Apres le repas, nous commençons une balade dans Amsterdam, avec pour but ultime de visiter une exposition vente sur Steve Shapiro. Nous flânons près des canaux, je manque de me faire percuter par une petite dizaine de
bicyclettes hollandaises, m’exclame devant des magasins de vêtements extravagants, avant d’arriver dans la rue de l’exposition ou se côtoient en rangs serrés, petite porte après petite porte,
toutes sortes de galeries, promettant l’art et la politique – parfois dépareillées quand un antiquaire ironique s’immisce entre deux galeries pour perturber ce déballage d’œuvres contemporaines
trop bien rangées.
L’exposition est très petite, comme on peut s’y attendre, mais belle.
J’y apprends entre autres choses palpitantes que Barbara Streisand ne voulait être photographiee que d’un profil
particulier (le gauche) – ce qui n’empêche pas les photographies d’être très intéressantes.
Ravis et satisfaits de notre intermède culturel, nous nous dirigeons alors vers un café brun, le Café
Scheltema, " Traditioneel literair cafe", ou je me goinfre sans dent férir de bitterballen.
Comme la journée n’est pas encore finie et que les stéréotypes ont parfois, a l’instar des expressions toutes faites, la
vie dure, nous enchaînons sur une soirée « branchée », organisée par une couple d’amis gay, sur une île récente d’Amsterdam, l’île de Java – aucun bâtiment ne s’y ressemble, la
municipalité ayant établi sur le mode « un architecte = une maison ». Le résultat est assez
réussi : on retrouve par exemple, la même élégance que les rues traditionnelles d’Amsterdam (maisons étroites, aux hauteurs hétéroclites), mais dans un style contemporain.
Cette journée en fin de compte très néerlandaise le fut aussi par sa conclusion, la compagnie des chemins de fer
néerlandais m’ayant fait l’honneur, une fois de plus, de prévenir une minute avant le départ du train qu’il n’irait pas a la destination prévue. Arrivés a Schiphol, il nous faut attendre un bus
pour Leyde et a Leyde attendre un train pour Den Haag Centraal (le train n’allant pas a Hollenspoor, notre destination), puis finalement, en pleine nuit marcher dans le vent et la pluie pour
rentrer avec 1h15 de délai, dans notre humble - et passablement humide- demeure.
La voila ma Hollande grossièrement dessinée : des expositions, des tartines, des bitterballen, des soirées branchées
et des trains en retard !