http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/02/11/menacee-pour-ses-critiques-de-l-islam-radical-ayaan-hirsi-ali-demande-la-nationalite-francaise_1009699_3214.html#ens_id=1009701
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Les Pays-Bas sont depuis quelques temps agités par un debat autour de l'identité nationale - débat lancé par la déclaration de Maxima, la femme du prince héritier, une belle
argentine qui habite dans notre belle batavie depuis quelques années déjà et qui a déclaré, horreur et damnation!, que l'identité néerlandaise n'existait pas.
Depuis s'avalanche en cascade hors séries, articles et émissions télévisées qui débattent de cet épineux sujet. Parfois, un intervenant rappelle que le meme débat existe en France, en
Autriche et dans d'autres pays européens - ce que je trouve salutaire, autant pour les Néerlandais que pour moi, Francaise a qui on apprend sans cesse de nouvelles expressions comme "issu de
l'immigration" ou, plus récenmment, "issu de la diversité" - comme si on parlait de sortes de plantes.
Bref. Le débat a été alimenté récemment par la couverture d'un magazine chrétien, Trouw, ou figurait en belle place une publicité d'un genre particulier. Il s'agissait en fait de la
publicité pour un manifeste appelant à ce que les Pays-Bas soient plus ouverts et que l'année 2008 soit l'année de la tolérance.
Je n'ai pas lu le manifeste en tant que tel et je m'excuse de paraphraser des paraphrases, mais deux remarques me viennent d'emblée :
- si je trouve l'idée généreuse - il m'est difficile d'etre contre une declaration pour la tolérance - je ne peux m'empecher de trouver cela un peu vain... parce que, précisément il ne s'agit que
d'une déclaration et que les déclarations de bonnes intentions, pour etre louables (elles rappellent peut -etre des principes honorables que l'on aurait tendance à oublier) ne font pas
vraiment avancer le schmilblick, si vous me permettez cette expression. D'autant moins qu'apparemment les signataires sont des éminences grises de l'intelligentsia néerlandaise - et moi
qui suis habituée à entendre parler du gouffre entre les élites et "le peuple", ou de l'énigmatique "France d'en bas", je trouve que ce genre de déclaration contribue
à renforcer le fossé : "le Néerlandais d'en -bas", agité d'une peur confuse peut-etre, et qui ne comprend pas une immigration récente venue de pays inconnus, aura peut-etre
tendance à se dire que tout ceci n'est que la fantaisie de gens entourés de confort et de belles bibliothèques, et qui s'offrent ainsi le luxe de belles idees... et le schmilblick
n'avance toujours pas.
- la déclaration a été signée exclusivement par des "autochtones" dont la définition n'est pas très claire mais qui correspondrait concrétement au stéréotype du Néerlandais - blanc, blond et
réformé. Les "allochtones" n'ont pas été invités à signer (certains se proposant d'eux-memes comme signataires ont été poliment éconduits) au motif que, précisément, le manifeste se voulait un
message des autochtones vers "les Autres" (mais qui précisément?). Je trouve la démarche un peu trop faussement symbolique, ou tordue - il serait peut- etre plus intéressant de, justement,
par la liste des signataires, signifier une communauté où l'on ne séparerait plus autochtones et allochtones - mais me voilà peut-etre ainsi porte-parole d'une idéologie toute francaise...
Je m'interroge enfin sur le lien entre publicité et choix éditorial. Ceci est bien une publicité et le journal, officiellement, ne prend pas partie sur le fond. Mais il a choisi -
apparemment a la grande surprise des signataires du manifeste - d'insérer la publicité non pas dans le journal mais sur la première page.
C'est une facon d'adhérer - mais pourquoi ne pas le faire gratuitement alors et assumer une ligne éditoriale? (puisqu'on parle d'idées généreuses, j'écarte volontairement la question
financière)
Je conclue cet article avec un sourire amusé : M. Wilders, cet homme politique dont je vous ai déjà parlé et qui s'affiche comme étant profondement anti-immigration et
"anti-islam" s'est senti visé par l'honorable manifeste. Je souris un peu parce qu'il s'était aussi senti visé par le discours récent de la Reine - qui a dit que la xénophobie est le fruit de la
peur? Cet homme est une vraie paranoia vivante...
Je vous ajoute un lien vers un article du Monde sur des étudiants iraniens qui n'ont finalement pas été acceptés dans
des cours de nucléaire civil par crainte d'un transfert de savoir dangereux...
Oui oui, tout cela est bien compliqué et je ne suis pas sure de bien comprendre "à la finale" (si si c'est une nouvelle expression je vous assure -un résidu de la coupe du monde de
foot)...
Aujourd’hui j’apprends que Tariq
Ramadan, invité par l’Université de Leiden a occuper la chaire “ identité et citoyenneté”, a décliné l’ invitation – apparemment pour des raisons personnelles (sa famille et lui-même habitent en
Angleterre).
Aujourd'hui, je vous poste juste un petit lien d'une émission d'Arte qui parle
notamment du Comite des ex-mulsumans que j'ai déjà évoqué dans ce blog.
http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=1736114,CmPage=1697660,CmPart=com.arte-tv.streaming,CmStyle=1697664,scheduleId=1728496.html
Malheureusement, je n'ai pas pu regarder l'émission parce que le contenu n' est accessible qu' en France et en Allemagne mais je fais entièrement confiance a Arte (et a la personne qui m'a passé le lien - merci a nouveau Eugénie!) :
Il parait que j'habite dans le quartier "multi-kulti"de La Haye - j'attendais à vrai dire un second Belleville et je dois avouer, qu'en comparaison, les maisonnées qui entourent mon
grand refuge sont d'un calme olympien - à l'exception d'une grande fete qui a eu lieu dimanche, sous mes fenetres, à l'occasion de la fin du Ramadan. "Kashbah" rassemblait à la fois des
concerts, de la danse et un petit marché. L'ambiance est détendue et vraguement criarde - une kermesse en somme.
Dans l'assemblée, je rencontre beaucoup de personnes d'orgine marocaine, turque ou du Surinam. Devant l'ambiance bonne enfant, je m'etonne, en comparaison, de la violence des débats sur l'Islam.
Il y a aux Pays Bas des hommes politiques ouvertement "anti-islam", ce qui ne cesse pas de m'étonner tant cette position est radicale et intolérante - et tant elle nie la diversité des croyances
et des pratiques au sein d'un meme dogme.
Le débat est alimenté par des Néerlandais "d'origine néerlandaise", tels M. Wilders, autrement surnommé Mozart (en raison de sa coupe de cheveux) et qui il y a peu de temps a meme proposé
d'interdire le Coran au meme dire que Mein Kampf - en raison d'un "fascisme islamiste" dont on entend aussi parler aux Etats Unis.
Le débat vient aussi d'"ex-Musulmans" qui ont d'ailleurs maintenant également leur propre comité, à l'initiative de Ehsan Jami, un jeune apostat mulsuman membre du parti travailliste. Le
jeune homme dit avoir pris conscience des dangers de l'Islam à l'occasion du 11 septembre - son agression récente en raison de ses prises de position le radicalisant peut-etre davantage. Le parti
travailliste le pousse gentiment à la porte et certains membres lui ont déjà demandé de se retirer de son mandat actuel.
Mais une des représentants les plus importantes
des personnes grandies dans l'Islam et qui l'ont rejeté est Ayaan Hirsi Ali, une femme d'origine somalienne qui a fui aux Pays- Bas où elle a obtenu la nationalité néerlandaise et un
role majeur au Parlement. Elle s'intéresse particulièrement à la place des femmes au sein de l'islam mais son blog est
révélateur d'une opposition en bloc de cette religion. Elle a travaillé avec Theo Van Gogh, qui a été assassiné en 2004, et depuis quelques jours se pose la question de sa sécurité :
l'ancienne Ministre de l'Immigration, Rita Verdonk - qui a annonce hier quitter le parti libéral après un débat sur son éventuelle exclusion- avait voulu retirer à Madame Hirsi Ali
sa nationalité néerlandaise : celle-ci avait en reconnu avoir exagéré les risques portant sur sa vie en Somalie afin de pouvoir entrer et rester aux Pays-Bas. Finalement Mme Hirsi Ali a pu
garder sa nationalité - elle est après tout un excellent modèle d'intégration, étant devenue députée au sein du Parlement national - mais elle avait décidé, suite à cette affaire, de partir aux
Etats-Unis travailler pour un think tank américain conservateur. Le problème actuellement est que les Etats- Unis ne veulent pas prendre en charge sa sécurité (elle fait l'objet de menaces de
mort) et que les Pays- Bas ne veulent pas non plus la prendre en charge hors de son territoire.